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Journal Dai Yokai

Setsubun : chasser les Oni à coups de haricots


Le 3 février au Japon, un père de famille enfile un masque Oni, se fait bombarder de haricots de soja par ses propres enfants, et tout le monde trouve ça normal. C'est Setsubun (節分), la fête qui transforme les salons japonais en champ de bataille contre les démons. Derrière la scène de comédie familiale se cache un rituel d'exorcisme importé de Chine il y a plus de mille ans. Voici ce qu'il signifie, d'où il vient, et pourquoi le masque Oni en est le cœur.

Setsubun : chasser les Oni à coups de haricots
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Le mot : une affaire de calendrier

Setsubun signifie « séparation des saisons » (setsu = saison, bun = division). À l'origine, il y en avait quatre par an, un à chaque changement de saison. Mais dans l'ancien calendrier lunaire, le début du printemps (risshun) marquait le Nouvel An, le passage qui comptait vraiment. Avec le temps, le mot a fini par désigner uniquement la veille du printemps, le 3 ou 4 février. C'est un réveillon : on fait le ménage spirituel, on chasse les mauvais esprits de l'année passée, et on repart à zéro.

D'où vient le rituel

Le rituel a été importé de Chine à l'époque Nara (VIIIe siècle), sous le nom de tsuina (追儺), la « grande expulsion ». À la cour impériale, un officiant menait une procession avec arc et flèches de roseau pour chasser les démons invisibles. La version aristocratique s'est démocratisée au fil des siècles : les paysans n'avaient ni arc ni cérémonie de cour, ils avaient du soja, et ça marchait très bien.

Mamemaki : pourquoi des haricots de soja ?

Le cœur de Setsubun, c'est le mamemaki (豆撒き), le lancer de haricots. On utilise des haricots de soja grillés, les fuku-mame (haricots du bonheur). Le soja est une graine résistante et chargée d'énergie, mais la vraie raison est linguistique. En japonais, mame (豆) signifie haricot, tandis que ma (魔) signifie démon et me (滅) détruire. Donc mame peut s'entendre ma-me (魔滅), « détruire le démon ». Ce n'est pas un hasard, c'est du kotodama, la magie du son. Détail important : les haricots doivent être grillés. Si vous jetez des haricots crus et qu'ils germent, la superstition dit que le malheur prendra racine chez vous.

« Oni wa soto ! Fuku wa uchi ! »

La formule à crier en lançant : « Les démons dehors ! Le bonheur dedans ! » On lance les haricots de l'intérieur de la maison vers la porte et les fenêtres pour chasser les Oni, puis on claque la porte pour les empêcher de revenir, avant de jeter quelques haricots à l'intérieur pour inviter le bonheur (fuku). Après la bataille, chaque membre de la famille mange le nombre de haricots correspondant à son âge, parfois un de plus pour garantir la santé de l'année à venir.

Le masque Oni, au centre du rituel

Sans antagoniste, pas de rituel. C'est généralement le père ou le grand frère qui enfile le masque Oni et joue le démon envahisseur, que les enfants bombardent pour le faire fuir. Le geste est cathartique : pour une fois, ils ont le droit d'attaquer la figure d'autorité, qui incarne symboliquement tout ce qui fait peur (maladie, malheur, mauvaise année). Quand le porteur enlève le masque et s'enfuit, la maison est purifiée. La couleur n'est pas neutre : l'Oni rouge incarne le désir et l'avidité, le plus courant pour Setsubun ; l'Oni bleu, la colère ; l'Oni noir, le doute. Chaque couleur correspond à un obstacle intérieur à exorciser, comme détaillé dans le pilier Oni.

Les autres traditions : ehomaki et sardine

Le mamemaki est le plus connu, mais Setsubun a d'autres rituels. L'ehomaki est un gros maki non coupé (couper reviendrait à couper la chance) qu'on mange en silence, les yeux fermés, tourné vers la direction favorable de l'année, avec sept ingrédients pour les sept divinités du bonheur. Il y a aussi le hiiragi iwashi : une tête de sardine grillée embrochée sur une branche de houx et accrochée à la porte. Les Oni détestent les piquants (le houx leur crève les yeux) et les mauvaises odeurs (la sardine). Et si vous vous appelez Watanabe, la légende dit que vous êtes dispensé du rituel : depuis que Watanabe no Tsuna a tranché le bras d'Ibaraki-dōji, les Oni redoutent ce nom de famille.

Questions fréquentes

Peut-on utiliser des cacahuètes au lieu du soja ?

Oui. Dans le nord du Japon (Hokkaidō, Tōhoku), on lance des cacahuètes en coque : plus faciles à retrouver dans la neige et plus hygiéniques à manger ensuite.

Setsubun est-il un jour férié ?

Non. Les gens travaillent et vont à l'école normalement. Les rituels se font le soir, en rentrant.

Pourquoi l'ehomaki ne doit-il pas être coupé ?

Il symbolise les liens (en-musubi). Le couper reviendrait à couper la chance. On le mange entier, en le mordant à pleines dents, tourné vers la direction porte-bonheur de l'année.

Quel masque Oni pour Setsubun ?

L'Oni rouge est le plus courant, car il incarne le désir et l'avidité, les obstacles les plus universels à chasser. Un masque solide qui encaisse les impacts de haricots se réutilise chaque année, puis se raccroche au mur comme gardien.

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