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Journal Dai Yokai

Onigawara : la tuile-démon qui protège les toits japonais

À Kyoto ou Nara, on regarde les bouddhas dorés, les jardins zen, les portiques rouges. Mais quand on lève les yeux vers le toit, on croise parfois un autre regard : une créature grise aux yeux exorbités, la gueule ouverte, postée au sommet du faîte. C'est un onigawara (鬼瓦), littéralement « tuile ogre », et son rôle est de protéger le bâtiment en dessous.

Masque Oni Gawara rouge craquelé fait main Dai Yokai
Mon masque Oni Gawara, disponible ici.
Vraie tuile onigawara japonaise en forme de visage d’ogre, détail de toit de temple

Des fleurs de lotus aux visages de démons

La tuile, kawara, arrive au Japon au VIe siècle, apportée par des artisans venus du royaume de Paekche, en Corée, pour construire l'Asuka-dera. À cette époque, les tuiles ne représentent pas des monstres mais des fleurs de lotus, symbole de pureté bouddhiste.

Le basculement a lieu à l'époque de Nara, au VIIIe siècle, avec l'apparition de tuiles kimen, visage de bête, inspirées de motifs gardiens venus du continent. L'onigawara tel qu'on le connaît, avec cornes et crocs, prend forme aux époques Heian et Kamakura, lorsque le folklore local des Oni se greffe sur la tuile d'architecture.

À quoi ils servent vraiment

L'onigawara n'est pas qu'un ornement. Le point le plus fragile d'un toit traditionnel est l'extrémité du faîte, là où les deux pentes se rejoignent. Laissé ouvert, ce point laisse entrer l'eau et le vent. L'onigawara vient sceller cette jonction : c'est d'abord une pièce d'ingénierie, ensuite un objet symbolique.

Le versant spirituel se superpose à cette fonction. Dans la croyance japonaise, les mauvais esprits voyagent avec le vent, ce qui relie le toit à la première ligne de défense de la maison. Le regard fixe et furieux de l'onigawara est censé pétrifier les démons de la maladie, de la malchance et du feu.

Les onishi, maîtres tuiliers

Fabriquer un onigawara est le métier des onishi (鬼師), les maîtres Oni. Dans la ville de Takahama, en préfecture d'Aichi, ils partent d'un bloc d'argile massif travaillé à la spatule de bois. La difficulté tient au retrait de l'argile au séchage, de l'ordre de dix à quinze pour cent : mal anticipé, il fait fissurer la tuile à la cuisson.

La teinte gris argenté de la plupart des onigawara vient d'une cuisson particulière appelée ibushi. En fin de cuisson, on introduit du carbone dans le four ; il pénètre la surface de l'argile et lui donne cet aspect métallique, l'ibushi-gin, argent fumé.

Pas toujours des ogres

Le nom dit tuile ogre, mais les motifs varient selon les bâtiments. Sur les maisons de commerçants, on préférait souvent Daikokuten ou Ebisu. Les familles de samouraïs y plaçaient leur blason, le kamon. Certains bâtiments arborent même un singe à l'angle nord-est, parce que saru, le singe, est homophone de saru, s'en aller, une façon de dire au malheur de déguerpir.

Pour comprendre pourquoi ces visages devaient être aussi féroces, voir l'article sur les démons protecteurs des toits japonais.

Pour continuer côté atelier, la famille complète des masques Oni rassemble les variations liées à cette figure protectrice.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un onigawara ?

C'est une tuile décorative placée à l'extrémité du faîte des toits japonais. Elle porte le plus souvent un visage de démon destiné à éloigner les mauvais esprits, mais elle a aussi un rôle technique : sceller le point vulnérable du toit.

Depuis quand existent les onigawara ?

La tuile arrive au Japon au VIe siècle depuis la Corée, d'abord ornée de fleurs de lotus. Les visages de bête apparaissent à Nara, puis l'onigawara à cornes et crocs se fixe aux époques Heian et Kamakura.

Pourquoi sont-ils gris argenté ?

Cette teinte vient de la cuisson ibushi : en fin de cuisson, du carbone est introduit dans le four et imprègne la surface de l'argile, donnant l'aspect métallique appelé ibushi-gin.

Qui fabrique les onigawara ?

Des artisans spécialisés appelés onishi, notamment à Takahama, en préfecture d'Aichi. Ils sculptent l'argile à la main et doivent anticiper son retrait au séchage.

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