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Journal Dai Yokai

Masque japonais : histoire et grands types de masques

Un masque japonais n'a jamais été qu'un objet décoratif. Selon l'époque, il sert à danser, à prier, à protéger, à faire peur ou à incarner un esprit. C'est cette continuité qui frappe quand on s'y intéresse : le même objet peut passer de la scène du théâtre Nō au mur d'un salon sans rien perdre de sa présence. Ce guide retrace cette histoire et présente les sept grands types de masques que l'on croise aujourd'hui.

Masque japonais : histoire et grands types de masques
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Une histoire de plus de mille ans

Les premiers grands masques arrivent au Japon au VIIe siècle avec le Gigaku, une forme de danse-théâtre venue du continent. En 612, un certain Mimashi arrive du royaume de Baekje, en Corée, et enseigne cet art à la cour impériale. Ces masques de bois couvraient toute la tête, avec des traits exagérés, parfois grotesques. L'idée fondatrice est déjà là : changer de visage permet de dire ce que le visage humain ne suffit pas à exprimer. On conserve aujourd'hui environ 250 de ces masques Gigaku, notamment au Shōsō-in de Nara, ce sont les plus anciens masques japonais existants.

Les formes se succèdent ensuite. Le Bugaku, danse de cour encore exécutée lors des cérémonies impériales, emploie des masques dont certains ont une mâchoire mobile. Le Gyōdō accompagne les processions bouddhistes en plein air. Puis vient l'apogée, le Nō, à partir du XIVe siècle : des masques en cyprès hinoki, à l'expression volontairement neutre, avec plus de soixante types codifiés. Le Nōgaku est aujourd'hui inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO (proclamé en 2001, liste représentative en 2008). Le Kyōgen, comédie jouée entre les actes du Nō, utilise des masques plus expressifs. Enfin, deux familles plus terre-à-terre traversent les siècles : les mengu ou menpō, masques d'armure des samouraïs en fer ou cuir laqué, et les masques populaires de festivals (matsuri), Kitsune, Oni ou Hyottoko, portés chaque été dans tout le pays.

Omote : pourquoi « masque » veut dire « visage »

Dans le contexte du Nō, le mot japonais pour masque n'est pas masuku (emprunté à l'anglais) mais omote (面), qui signifie aussi « visage » et « surface ». Ce double sens est voulu. Dans la tradition Nō, mettre un masque ne cache pas le visage, il en révèle un autre. Le masque est un yorishiro (依り代), un réceptacle capable d'accueillir un esprit. Quand l'acteur enfile l'omote, il ne joue plus un rôle, il devient l'entité.

D'où le secret des sculpteurs : l'expression neutre. Un bon omote ne sourit ni ne grimace, il attend. Incliné légèrement vers le haut (terasu, « illuminer »), le visage s'éclaire de joie ; penché vers le bas (kumorasu, « assombrir »), il se charge de tristesse. Le masque ne bouge pas, c'est la lumière qui raconte l'émotion. C'est aussi ce qui sépare un bon masque mural d'un mauvais : un masque plat est mort, un masque aux volumes travaillés (orbites creusées, arête du nez, saillie des crocs) capte la lumière de la pièce et change au fil de la journée.

Les sept masques japonais essentiels

Le Japon compte des centaines de types de masques, mais sept dominent l'imaginaire actuel, chacun avec une énergie distincte.

L'Oni (鬼) est un ogre surnaturel, à ne pas confondre avec le démon chrétien. Ses cornes, ses crocs et sa peau rouge ou bleue forment une barrière contre les mauvais esprits, la même logique que les tuiles onigawara à tête d'Oni qui gardent les toits de temples. Énergie : force, courage, protection. Voir le guide des masques Oni.

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Le Hannya (般若) n'est pas un Oni : c'est une femme que la jalousie a transformée en démon cornu. Son masque de Nō est le seul qui change d'expression selon l'angle, rage de face et tristesse quand on l'incline, ce qui en fait l'un des plus complexes jamais sculptés. Énergie : passion, transformation. Voir le guide des masques Hannya.

Le Tengu (天狗) est l'esprit des montagnes, mi-homme mi-oiseau. Le Daitengu au long nez rouge est un quasi-dieu, le Karasu Tengu au bec de corbeau un soldat. Le nez incarne l'orgueil, d'où l'expression tengu ni naru, « prendre la grosse tête ». Énergie : discipline, orgueil dompté. Voir le guide des masques Tengu.

Masque Karasu Tengu Corbeau Japonais, masque japonais fait main par Dai Yokai
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Le Kitsune (狐) est le renard sacré, messager du dieu Inari : blanc quand il est divin (Zenko), sombre quand il est sauvage (Nogitsune). C'est le masque de festival par excellence, porté en nombre chaque Nouvel An lors du Oji Kitsune no Gyoretsu à Tokyo. Énergie : malice, sagesse cachée, prospérité. Voir le guide des masques Kitsune.

Le Mempo (面頬) est un demi-masque d'armure samouraï, en fer ou cuir laqué, qui protégeait le bas du visage et intimidait l'adversaire. Format apprécié aujourd'hui pour le cosplay et la déco, car il laisse les yeux libres. Énergie : discipline guerrière, endurance. Voir les demi-masques Mempo.

Les masques articulés, à mâchoire mobile, sont une interprétation contemporaine. La Kuchisake-onna et les Geisha d'horreur jouent sur la bake-bijin, la beauté qui se déforme : un visage parfait qui révèle un monstre. Énergie : horreur, surprise. Voir les masques articulés.

Le Dragon Ryū (龍), enfin, ne crache pas le feu : il commande la pluie. Son corps est une chimère de neuf animaux, il porte trois griffes (et non cinq, qui sont chinoises) et tient une perle de sagesse. C'est le plus complexe à fabriquer. Énergie : sagesse, maîtrise des éléments.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un masque Nō et un masque de festival ?

Le masque Nō (omote) est en cyprès hinoki, sculpté pour le théâtre, avec une expression neutre qui change selon l'inclinaison. Le masque de festival (matsuri) est populaire, souvent en papier mâché, avec une expression fixe et exagérée. Les deux traditions coexistent depuis des siècles.

Pourquoi les masques japonais ont-ils l'air en colère ?

Pas tous : le Kitsune sourit, le Hannya oscille entre rage et tristesse. Mais les masques « en colère » comme l'Oni, le Tengu ou le Mempo sont des gardiens. Un visage terrifiant repousse ce qui menace, exactement comme les onigawara sur les toits de temples.

D'où viennent les masques japonais à l'origine ?

De Corée. En 612, Mimashi arrive du royaume de Baekje avec des masques de bois et enseigne le Gigaku à la cour impériale. Environ 250 de ces masques sont conservés au Shōsō-in de Nara, les plus anciens masques japonais existants.

Quel masque japonais choisir quand on débute ?

L'Oni rouge est le plus universel : reconnaissable, fort visuellement, à l'aise partout. Le Kitsune blanc est le plus facile à intégrer dans un intérieur contemporain. Pour le port prolongé en cosplay, les demi-masques Mempo et les masques articulés sont les plus confortables.

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