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Journal Dai Yokai

Masque Hannya : signification, couleurs et légendes du Nō


Le masque Hannya représente une femme dont la jalousie, la trahison ou le chagrin ont été si violents qu'elle s'est physiquement transformée en démon cornu. Ce n'est pas un démon né surnaturel : c'est une trajectoire, le basculement d'un être humain. Et c'est précisément ce qui le rend plus tragique qu'effrayant. Ce guide explique sa signification, son célèbre changement d'expression, ses trois couleurs et les légendes qui l'ont fait naître.

Masque Hannya : signification, couleurs et légendes du Nō
Mon masque Hannya blanc, disponible ici.

Qu'est-ce qu'un masque Hannya

Le Hannya est un masque du théâtre Nō, apparu vers le XIVe siècle, qui représente une kijo : une femme devenue démone. Les cornes poussent, les crocs percent, le visage se déforme, mais si on incline le masque vers le bas, on voit encore la tristesse sous la rage. C'est là toute la différence avec l'Oni, l'ogre masculin né surnaturel : le Hannya est une femme qui est devenue un monstre, une histoire et non une nature.

Le nom lui-même est un paradoxe. Hannya (般若) vient du sanskrit Prajñā, la « sagesse parfaite » qui mène à l'éveil. Le masque incarne pourtant l'exact opposé, la perte de soi dans les passions. L'ironie est assumée, d'autant que dans le théâtre Nō c'est la récitation du Hannya Shingyō, le Sūtra du Cœur, qui exorcise l'esprit Hannya : la sagesse vainc ce que son absence a créé. On attribue aussi le nom au moine-sculpteur Hannya-bō, qui aurait taillé le premier masque à l'époque de Muromachi.

Le secret du visage qui change

Le Hannya est le seul masque au monde dont l'expression change sans aucun mécanisme. Le secret vient des sculpteurs de Nō : le visage est taillé en volumes asymétriques qui réagissent à la lumière. Incliné vers le haut (terasu, « illuminer »), la lumière frappe les pommettes et le front, et l'expression devient rage. Penché vers le bas (kumorasu, « assombrir »), les orbites s'ombrent et le visage se charge de tristesse. Le masque ne bouge pas, c'est la lumière qui le transforme. C'est aussi pour ça qu'un Hannya au mur fonctionne si bien : selon l'heure et la lumière de la pièce, son expression varie au fil de la journée.

Les trois couleurs, trois stades

Chaque couleur de Hannya raconte un moment précis de la transformation. Le blanc (namanari) est le début : il reste beaucoup d'humain, les cornes sont à peine visibles, la jalousie commence seulement à ronger. Le rouge (chūnari) est le stade intermédiaire, rage dominante et crocs visibles, mais les yeux peuvent encore pleurer. Le noir (honnari) est le point de non-retour : la femme a disparu, il ne reste que le démon. Le rouge est le plus demandé pour son équilibre entre spectacle et tragédie ; le blanc, plus subtil, est le préféré des connaisseurs, car c'est le visage de celle qui se sait devenir un monstre sans pouvoir s'arrêter.

Les deux légendes fondatrices

Deux récits anciens ont fixé le Hannya. Kiyohime est la plus violente : amoureuse trahie par le moine Anchin, sa rage la transforme en serpent de feu ; elle le poursuit jusqu'au temple Dōjō-ji, où il se cache sous la cloche, qu'elle fait fondre en s'enroulant autour, le brûlant vif. C'est le stade honnari, le point de non-retour. Dame Rokujō, tirée du Dit du Genji, est plus insidieuse : délaissée par le prince Genji, sa jalousie est si forte que son esprit quitte son corps pendant son sommeil pour tuer sa rivale, sans même qu'elle le veuille. Elle se réveille en sentant l'encens de purification sur ses vêtements et comprend ce que son esprit a fait. La pièce de Nō Aoi no Ue met en scène cette scène, où le masque Hannya est à son sommet, à la fois femme et démon selon l'inclinaison.

En décoration et en tatouage

Le Hannya n'est pas un gardien comme l'Oni : il n'protège pas, il avertit, il rappelle que les passions incontrôlées détruisent. On le place donc plutôt face à un espace de réflexion, sous une lumière latérale ou changeante pour activer l'effet terasu/kumorasu. En duo avec un Oni, il complète le spectre, la force brute masculine d'un côté, la complexité émotionnelle féminine de l'autre. Et il existe en variantes plus modernes, le Kezurata craquelé inspiré du kintsugi, ou la version Berserk. En tatouage, c'est le motif le plus tatoué du Japon, symbole de la passion maîtrisée ; le détail des compositions est dans l'article tatouage Hannya.

Questions fréquentes

Le Hannya est-il un Oni ?

Non. L'Oni est un ogre masculin né surnaturel, à la force brute et à l'expression fixe. Le Hannya est une femme humaine transformée en démon par la jalousie, aux cornes fines et à l'expression qui change selon l'angle. L'Oni protège, le Hannya avertit.

Pourquoi le Hannya change-t-il d'expression ?

Parce qu'il est sculpté en volumes asymétriques qui réagissent à la lumière. Incliné vers le haut (terasu), il exprime la rage ; vers le bas (kumorasu), la tristesse. Le masque ne bouge pas, c'est la lumière qui change.

Que signifient les trois couleurs du Hannya ?

Blanc (namanari) : début de la transformation, encore presque humaine. Rouge (chūnari) : stade intermédiaire, rage dominante mais les yeux pleurent encore. Noir (honnari) : point de non-retour, il ne reste que le démon.

Le mot Hannya signifie-t-il « sagesse » ?

Oui, paradoxalement. Il vient du sanskrit Prajñā, « sagesse parfaite », alors que le masque incarne la perte de sagesse. Et c'est la récitation du Sūtra du Cœur (Hannya Shingyō) qui exorcise l'esprit Hannya dans le Nō.

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